Mon corps c'est le mien. Ma vie c'est la mienne. Je t'accuse, ma France, de te désolidariser, de m'oublier, d'oublier mon prochain qui souffre tout autant que moi. J'accuse le corps médical que tu protèges de décider d'une survie biologique, de m'imposer une déchéance, de participer à la destruction humaine. J'aurai voulu vivre. Nous aurions tous aimé vivre plus longtemps. Pourtant, la mort est déjà au pas de ma porte. J'ai demandé l'euthanasie, ils ont refusé. Tu as refusé. Tu me proposes une sédation, l'arrêt de mon traitement, une extinction lente et douloureuse. Je ne souffre pas assez selon toi. Je ne présente pas de troubles émotionnels assez importants, je ne suis pas en phase terminale. Il me faut souffrir un peu plus. Tu estimes que je dois encore me tordre, me plaindre plus. Je veux que ma France se réveille. Je veux que mes parents et amis comprennent ce que je vis depuis deux mois. Chaque jour je prends des cachets, certains me font vomir, d'autres me soulagent. Je passe d'un état de satisfaction extrême à un état végétatif en quelques minutes. Les matins, je pense à ma mort, et les soirs je pense au fait que je ne vais pas mourir maintenant. Par égoïsme. Je suis encore en vie, par égoïsme de mon peuple. Par obligation. Par négligence. Au nom d'une liberté fausse.
7 Lettres (French Edition)
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