Extrait :
J’étais alors bien jeune, et je ne pouvais avoir en politique que des instincts et des sentiments. D’ailleurs mon père était républicain, et je l’étais aussi par obéissance, en attendant de le devenir par l’étude et la réflexion. Mes opinions me rendaient l’impartialité facile. Elles ne me faisaient pas d’ennemis ; on me permettait d’être républicain comme on permet à un poète de rêver. Ma famille m’avait mis en pension au collège de Vannes, où j’apprenais un peu de latin et un peu de français sous la direction de l’abbé Ropert, excellent homme qui ne savait guère ni l’un ni l’autre. Nous étions là, dans la classe de seconde, une centaine d’écoliers dont j’étais le plus jeune ; car, dans ce pays alors arriéré, et qui s’est peut-être civilisé depuis, la population des collèges se composait principalement de grands garçons, enlevés à la charrue par la vanité de leurs parents ou la générosité de leurs curés, pour se préparer à l’état ecclésiastique. Je me rappelle encore mes condisciples en petite veste et en sabots, avec leurs cheveux longs et leurs vingt-cinq ans, et qui, parce qu’ils étaient collégiens et qu’il y a partout des grâces d’état, étaient tout aussi enfants que moi-même.
J’étais alors bien jeune, et je ne pouvais avoir en politique que des instincts et des sentiments. D’ailleurs mon père était républicain, et je l’étais aussi par obéissance, en attendant de le devenir par l’étude et la réflexion. Mes opinions me rendaient l’impartialité facile. Elles ne me faisaient pas d’ennemis ; on me permettait d’être républicain comme on permet à un poète de rêver. Ma famille m’avait mis en pension au collège de Vannes, où j’apprenais un peu de latin et un peu de français sous la direction de l’abbé Ropert, excellent homme qui ne savait guère ni l’un ni l’autre. Nous étions là, dans la classe de seconde, une centaine d’écoliers dont j’étais le plus jeune ; car, dans ce pays alors arriéré, et qui s’est peut-être civilisé depuis, la population des collèges se composait principalement de grands garçons, enlevés à la charrue par la vanité de leurs parents ou la générosité de leurs curés, pour se préparer à l’état ecclésiastique. Je me rappelle encore mes condisciples en petite veste et en sabots, avec leurs cheveux longs et leurs vingt-cinq ans, et qui, parce qu’ils étaient collégiens et qu’il y a partout des grâces d’état, étaient tout aussi enfants que moi-même.