Le peintre Molesquin travaille à son grand tableau : « Une fête à la Cour de Louis XVI ». Pour poser le personnage de Marie-Antoinette, il a choisi la grande Lolotte, celle que ses petites amies ont surnommée « Marennes blanche », par une délicate allusion aux qualités de son teint et de son intelligence. Lolotte vient de revêtir l’immense robe à paniers, le long corsage lacé en échelle et la haute perruque poudrée. Tout ahurie, elle s’examine dans une glace.
LOLOTTE. — Ben, mon vieux, c’est rien rigolo !… Et puis commode : J’pourrais avoir une demi-douzaine de polichinelles dans l’tiroir, ça s’remarqu’rait même pas… C’est pas vrai, dis, qu’les femmes ont jamais été déguisées comme ça ?
MOLESQUIN. — Mais si ; c’est un costume historique.
LOLOTTE. — Ben, mon vieux, c’qu’on d’vait les engueuler dans la rue !… Et ça d’vait être bien pratique pour grimper en wagon ou sur l’autobus… C’est rien rigolo !… Tu m’vois entrer comme ça à Tabarin ? Ah non ! J’suis bien trop intelligente pour me frusquer d’la sorte.
MOLESQUIN. — Ça ne te ferait rien de prendre la pose ?… Là ; comme ça… La main appuyée sur ce meuble… Bien, la main… Très bien… Ne la bouge plus… Le corps bien droit, la tête un peu inclinée… Non !… De l’autre côté… Encore un peu… C’est ça… De la fierté, de la grâce… Bon, ça va bien… Tu tiens la pose ?… Je commence.
LOLOTTE. — On peut causer ?
MOLESQUIN. — Ça ne me dérange pas. Jabotte, mais ne bouge plus.
LOLOTTE. — Compris… Qui c’est, que j’représente ?
MOLESQUIN. — Marie-Antoinette.
LOLOTTE. — Oh la la !… Elle n’avait pas même de nom d’famille… Mince de grue, alors !
MOLESQUIN. — Mais non, c’était une reine.
LOLOTTE. — Une pour de vrai, ou une des lavoirs ?
MOLESQUIN. — Une pour de vrai.
LOLOTTE. — C’est rien rigolo !… V’la que j’fais la reine, à présent !… On en fait d'drôles, de métiers, pour gagner sa vie !… Pourquoi qu’elle était reine ?
MOLESQUIN. — Parce qu’elle avait épousé un roi.
LOLOTTE. — C’est bien malin !… J’en f’rais tout autant, à l’occasion, et mieux qu’elle, p’t’être bien !… Qui c’était, le roi qu’elle avait levé ?… Attends, j’sais bien !… C’était Henri IV, celui qu’est su’l’Pont-Neuf !
MOLESQUIN. — Tu en es sûre ?...
LOLOTTE. — Ben, mon vieux, c’est rien rigolo !… Et puis commode : J’pourrais avoir une demi-douzaine de polichinelles dans l’tiroir, ça s’remarqu’rait même pas… C’est pas vrai, dis, qu’les femmes ont jamais été déguisées comme ça ?
MOLESQUIN. — Mais si ; c’est un costume historique.
LOLOTTE. — Ben, mon vieux, c’qu’on d’vait les engueuler dans la rue !… Et ça d’vait être bien pratique pour grimper en wagon ou sur l’autobus… C’est rien rigolo !… Tu m’vois entrer comme ça à Tabarin ? Ah non ! J’suis bien trop intelligente pour me frusquer d’la sorte.
MOLESQUIN. — Ça ne te ferait rien de prendre la pose ?… Là ; comme ça… La main appuyée sur ce meuble… Bien, la main… Très bien… Ne la bouge plus… Le corps bien droit, la tête un peu inclinée… Non !… De l’autre côté… Encore un peu… C’est ça… De la fierté, de la grâce… Bon, ça va bien… Tu tiens la pose ?… Je commence.
LOLOTTE. — On peut causer ?
MOLESQUIN. — Ça ne me dérange pas. Jabotte, mais ne bouge plus.
LOLOTTE. — Compris… Qui c’est, que j’représente ?
MOLESQUIN. — Marie-Antoinette.
LOLOTTE. — Oh la la !… Elle n’avait pas même de nom d’famille… Mince de grue, alors !
MOLESQUIN. — Mais non, c’était une reine.
LOLOTTE. — Une pour de vrai, ou une des lavoirs ?
MOLESQUIN. — Une pour de vrai.
LOLOTTE. — C’est rien rigolo !… V’la que j’fais la reine, à présent !… On en fait d'drôles, de métiers, pour gagner sa vie !… Pourquoi qu’elle était reine ?
MOLESQUIN. — Parce qu’elle avait épousé un roi.
LOLOTTE. — C’est bien malin !… J’en f’rais tout autant, à l’occasion, et mieux qu’elle, p’t’être bien !… Qui c’était, le roi qu’elle avait levé ?… Attends, j’sais bien !… C’était Henri IV, celui qu’est su’l’Pont-Neuf !
MOLESQUIN. — Tu en es sûre ?...