Les chantiers
La montée aux chantiers
Il y a de cela déjà longtemps : les fêtes étaient passées ; l’Église avait redit ses Noëls si beaux et si touchants ; les jeunes gens de la paroisse avaient, au jour de l’an, fait la quête des pauvres par les maisons, en chantant La Ignolée(1) que j’entendis alors probablement pour la dernière fois ; les souhaits de bonne année étaient terminés ; ... la besogne ne m’accablait pas, je résolus d’aller visiter les chantiers à bois d’une de nos grandes rivières du bas du fleuve.
Je me joignis donc à des conducteurs de voitures, chargés d’aller porter des approvisionnements à l’un de ces établissements. Notre petite caravane se composait d’une vingtaine de traîneaux, portant des balles de foin pressé, des barils de lard, de farine, de mélasse, de poissons, de sacs d’avoine, du sucre, du thé et d’autres articles de consommation qu’on expédie, pendant tout l’hiver, pour les hommes et les chevaux employés dans cette industrie....
Le camp d’un chantier
Le site du camp occupe un petit plateau, pas assez élevé pour être trop exposé, mais assez pour n’être pas incommodé par l’eau dans les dégels : dans le voisinage immédiat coulent les eaux saines et abondantes d’une rivière ou d’un ruisseau.
L’emplacement nécessaire a été soigneusement débarrassé : sur le sol de cette petite trouée faite au milieu de la forêt s’élèvent les édifices de l’établissement. C’est d’abord le camp proprement dit, maison, case ou cabane, destiné au logement du personnel, puis une écurie pour les chevaux, et enfin des abris, faits pour recevoir et protéger des objets de consommation, des ustensiles, etc., etc.
François-le-veuf
J’arrivai au terme de ma course bien avant l’heure ordinaire du retour de l’ouvrage et de la rentrée des travailleurs au camp. En approchant du logis, mes oreilles furent frappées par un chant d’une mélancolie douce, que modulait une voix dont les accents avaient des larmes et allaient au cœur.
Je reconnus cette voix, qui partait de l’intérieur de la cabane du chantier, pour l’avoir entendue dire le même air d’un lit de douleur, au milieu des enivrements délirants de la fièvre.
Après le prêtre, le médecin est celui de tous qui est le plus même de comprendre les joies et les douleurs de la sensibilité. Il est peu des souffrances de la pauvre humanité qui ne s’étalent devant ses yeux et peu, par conséquent, auxquelles ne participe, s’il est digne de l’espèce de sacerdoce qu’il exerce.
Si tout était peine dans cette communion de souffrances, l’homme sensible serait bientôt brisé à ce contact de tous les jours ; mais il y a, dans ce partage des angoisses de ceux qui souffrent, des consolations qui font plus de bien encore à celui qui donne sa sympathie qu’à celui qui la reçoit. Et, pour...
Le père Michel
– Bonjour, Père Michel, m’écriai-je en reconnaissant le nouveau venu, je vois que vous faites ici la guerre au gibier et que vous ne réussissez pas mal, comme d’ordinaire.
– Bonjour, docteur, bonjour ! Mais je ne peux pas me plaindre depuis que je fais la gargote avec François. Pourtant les loups-cerviers sont donc futés cet hiver !...
Une digression
La cuisine au chantier
La rentrée au camp
Histoire du père Michel
Un compérage
Le follet de la mare-aux-bars
Le feu de la baie
Le passeur de mitis
L’entracte
Ikès le jongleur
Le passage des murailles
Les chaloupiers
Les missionnaires
Les postes du roi
Un vœu
Ajournement
Le noyeux et l’hôte à Valiquet
La ronde des voyageurs
Cadieux
Un échange
Le grand-lièvre et la grande-tortue
La conteste
Les hommes-de-cages
La chapelle de Portneuf
La bonne Sainte-Anne-du-Nord
La montée aux chantiers
Il y a de cela déjà longtemps : les fêtes étaient passées ; l’Église avait redit ses Noëls si beaux et si touchants ; les jeunes gens de la paroisse avaient, au jour de l’an, fait la quête des pauvres par les maisons, en chantant La Ignolée(1) que j’entendis alors probablement pour la dernière fois ; les souhaits de bonne année étaient terminés ; ... la besogne ne m’accablait pas, je résolus d’aller visiter les chantiers à bois d’une de nos grandes rivières du bas du fleuve.
Je me joignis donc à des conducteurs de voitures, chargés d’aller porter des approvisionnements à l’un de ces établissements. Notre petite caravane se composait d’une vingtaine de traîneaux, portant des balles de foin pressé, des barils de lard, de farine, de mélasse, de poissons, de sacs d’avoine, du sucre, du thé et d’autres articles de consommation qu’on expédie, pendant tout l’hiver, pour les hommes et les chevaux employés dans cette industrie....
Le camp d’un chantier
Le site du camp occupe un petit plateau, pas assez élevé pour être trop exposé, mais assez pour n’être pas incommodé par l’eau dans les dégels : dans le voisinage immédiat coulent les eaux saines et abondantes d’une rivière ou d’un ruisseau.
L’emplacement nécessaire a été soigneusement débarrassé : sur le sol de cette petite trouée faite au milieu de la forêt s’élèvent les édifices de l’établissement. C’est d’abord le camp proprement dit, maison, case ou cabane, destiné au logement du personnel, puis une écurie pour les chevaux, et enfin des abris, faits pour recevoir et protéger des objets de consommation, des ustensiles, etc., etc.
François-le-veuf
J’arrivai au terme de ma course bien avant l’heure ordinaire du retour de l’ouvrage et de la rentrée des travailleurs au camp. En approchant du logis, mes oreilles furent frappées par un chant d’une mélancolie douce, que modulait une voix dont les accents avaient des larmes et allaient au cœur.
Je reconnus cette voix, qui partait de l’intérieur de la cabane du chantier, pour l’avoir entendue dire le même air d’un lit de douleur, au milieu des enivrements délirants de la fièvre.
Après le prêtre, le médecin est celui de tous qui est le plus même de comprendre les joies et les douleurs de la sensibilité. Il est peu des souffrances de la pauvre humanité qui ne s’étalent devant ses yeux et peu, par conséquent, auxquelles ne participe, s’il est digne de l’espèce de sacerdoce qu’il exerce.
Si tout était peine dans cette communion de souffrances, l’homme sensible serait bientôt brisé à ce contact de tous les jours ; mais il y a, dans ce partage des angoisses de ceux qui souffrent, des consolations qui font plus de bien encore à celui qui donne sa sympathie qu’à celui qui la reçoit. Et, pour...
Le père Michel
– Bonjour, Père Michel, m’écriai-je en reconnaissant le nouveau venu, je vois que vous faites ici la guerre au gibier et que vous ne réussissez pas mal, comme d’ordinaire.
– Bonjour, docteur, bonjour ! Mais je ne peux pas me plaindre depuis que je fais la gargote avec François. Pourtant les loups-cerviers sont donc futés cet hiver !...
Une digression
La cuisine au chantier
La rentrée au camp
Histoire du père Michel
Un compérage
Le follet de la mare-aux-bars
Le feu de la baie
Le passeur de mitis
L’entracte
Ikès le jongleur
Le passage des murailles
Les chaloupiers
Les missionnaires
Les postes du roi
Un vœu
Ajournement
Le noyeux et l’hôte à Valiquet
La ronde des voyageurs
Cadieux
Un échange
Le grand-lièvre et la grande-tortue
La conteste
Les hommes-de-cages
La chapelle de Portneuf
La bonne Sainte-Anne-du-Nord