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    Hans de Sjoholm et le sorcier finnois L’Ermitage, 1896 (French Edition)

    Por Jonas Lie

    Sobre

    Extrait :
    À l’époque de nos aïeux, quand il n’y avait que de mauvais bateaux dans le Nordland et que les gens devaient acheter le bon vent au sorcier finnois qui le tirait de son sac, il n’était pas sûr de se risquer en pleine mer par les temps d’hiver. Jamais alors un pêcheur ne devenait bien vieux. Il n’y avait, pour ainsi dire, que les femmes et les enfants, aussi les estropiés et les contrefaits, qui fussent enterrés dans le sol.
    Or, il y avait, une fois, un bateau dont l’équipage venait de Thjöttö en Helgeland  ; on s’en était allé en mer et l’on poursuivait sa route durement droit sur les Lofoten orientales.
    Mais, cet hiver, le poisson ne voulait pas mordre.
    On s’arrêtait, on attendait des semaines et des semaines, le mois se passait et il n’y avait plus d’autre parti à prendre que de rentrer avec l’attirail de pêche et le bateau vide.
    Mais Hans de Sjöhölm, qui faisait partie de l’équipage, ne faisait que rire de cette malechance et dit que s’il n’y avait pas de poisson à cet endroit-là, on en trouverait plus haut dans le nord. Sûrement on n’était pas venu jusqu’ici rien que pour manger ses vivres.
    C’était un tout jeune gaillard qui en était à sa première expédition. Mais il y avait quelque bon sens dans ce qu’il disait, pensèrent les marins.
    Et l’on mit à la voile vers le Nord.
    À la station de pêche suivante les choses ne marchèrent pas mieux, mais l’on tint bon jusqu’à ce que les vivres fussent épuisés.
    «  S’il n’y a rien ici, sûrement il y aura quelque chose plus haut, vers le Nord,  » opina Hans, «  et puisque l’on était venu aussi loin, on ferait certes encore un petit bout de route.  »
    Ainsi, de station en station, ils tentèrent la chance et de la sorte s’étaient aventurés jusqu’au Finnmark. Mais là ils rencontrèrent la tempête et, après de vains efforts pour s’abriter derrière les promontoires, se virent obligés de reprendre la mer.
    Tout alla de mal en pis. Quelles traverses  ! Toujours et toujours, la proue du bateau passait dans les lourdes vagues au lieu de passer dessus, et, sur la fin du jour, le bateau chavira.
    Ils étaient là tous, sans espoir de secours, accrochés à la quille parmi la rage de la mer, accablant de malédictions ce Hans de malheur qui les avait tentés et les avait menés à leur perte. Que deviendraient à présent leurs femmes et leurs enfants  ?
    Ils allaient mourir maintenant que plus personne ne pourrait veiller à leur subsistance.
    L’obscurité se faisait  ; leurs mains devenaient roides  ; les vagues les emportèrent un par un.
    Et Hans entendait, voyait tout cela — le dernier cri qui sombre, le dernier effort de la main qui s’agrippe à l’épave de salut  ; et jusqu’à l’ultime seconde ce furent des reproches pour les avoir menés au malheur, des lamentations sur leur horrible sort.
    «  Il s’agit de tenir ferme  » — se dit Hans — car il faisait meilleur là où il se trouvait que dans la mer.
    Et ses genoux serraient éperdûment la quille du bateau et il tint bon jusqu’à ce qu’il ne sentît vraiment plus ni ses mains ni ses pieds.
    Dans l’épaisse obscurité de la nuit orageuse il s’imagina entendre des hurlements qui partaient d’autres bateaux en détresse.
    «  Eux, aussi, ont femmes et enfants, — pensait-il  ; — je me demande s’il est également, avec eux, un Hans qu’ils accablent de malédictions  !  »
    Et tandis qu’il restait là, flottant à la dérive, sentant arriver, peu à peu, l’aube, il lui sembla, tout à coup, que le bateau était entraîné par un fort courant dans la direction du rivage  ; et c’était vrai  : enfin Hans toucha terre. Mais qu’il regardât de n’importe quel côté, il ne voyait rien que la noirceur des vagues ou la blancheur de la neige.
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