Extrait :
En arrivant dans le village, Louis rencontra une jeune paysanne qui lui parut assez jolie. Ils se regardèrent tous deux en se croisant sur la route. Le plaisir donnait sans doute à la figure de Louis un air sympathique, car les yeux noirs et doux de la jeune fille s’arrêtèrent, et de loin, assez longuement sur ceux de Leforgeur.
L’envie de parler à la paysanne vint au jeune homme, qui trouva lui-même la chose extraordinaire puisque les femmes le gênaient et l’intimidaient extrêmement. Peut-être recouvra-t-il plus de hardiesse envers une paysanne, qu’il considérait comme étant d’une classe inférieure, de sorte qu’il se sentit plus à l’aise vis-à-vis d’elle.
Fut-il animé par le sentiment de sa complète émancipation, ou bien un attrait plus vif qu’à l’ordinaire lui imposa-t-il sa domination ?
Bref, Louis demanda le chemin de l’auberge à la jeune fille. Elle le lui indiqua en rougissant un peu. Il la salua, et ils se séparèrent. Puis Louis alla jusqu’à l’auberge, mais sans se rendre compte qu’il était bien plus affermi qu’auparavant dans la conviction que Mangues-le-Vert était le lieu le plus ravissant de la terre, un centre de bonheur et de joies.
Les premières journées s’écoulèrent pour Louis telles qu’il les avait imaginées, dans une absolue paresse, une contemplation délicatement savourée du paysage, une expansion et un contentement intérieurs, d’où naquit en lui une assurance d’allures qu’il ne se connaissait pas.
L’aubergiste lui fournit quelques meubles pour sa maison et lui envoya la célèbre cuisinière Euronique. Louis s’installa, rangea, jouit avec ivresse de ces premiers délices de la liberté, et se remit entièrement entre les mains de sa servante, qui fit tout ce qu’elle voulut.
Sa vie fut toute réglée d’après le temps. Quand il y avait du soleil, ou le matin une brume légère, transparente comme un voile, il se promenait. Si les nuages s’abaissaient et rendaient le ciel gris et mélancolique, ou seulement, vers le soir, lorsque la campagne s’effaçait sous les teintes de plus en plus sombres et confuses du crépuscule, Louis se rendait à l’auberge et se réjouissait à voir le grand feu dans la grande cheminée avec la grande broche, chargée de poulets et de pigeons, tandis que la salle resplendissait d’une lueur éclatante où étincelaient les vaisselles rangées sur les buffets et le couvert mis sur une nappe blanche.
Cette vie d’une simplicité complète et si peu mouvementée le charmait, uniquement parce que lui-même se la créait et la réglait. Si elle eût dépendu de l’ordre et de la règle de la famille, il l’eût trouvée insupportable.
Louis éprouvait un certain agrément à causer avec l’aubergiste et à jouer aux cartes avec un vieux capitaine en retraite qui prenait ses repas à l’auberge. Tout cela venait du libre exercice de sa volonté.
Mais ce calme devait être bientôt dérangé.
Un jour que Louis était arrêté sur la place de l’église, il vit passer un grand garçon en blouse, accompagné d’une jeune fille. Il reconnut la paysanne avec laquelle il s’était croisé en chemin lors de son arrivée à Mangues. Celle-ci le reconnut aussi, et lui fit un petit salut de la tête en souriant et en rougissant encore.
Ce salut et ce sourire transportèrent Louis dans un monde nouveau. Il lui semblait qu’une sorte de souffle parfumé avait effleuré son visage. Jamais une femme ne lui avait témoigné ainsi un intérêt aussi spontané, aussi simplement direct, et il avait une grande reconnaissance pour la première qui venait de la sorte lever l’interdit dont la timidité de Louis l’avait toujours frappé.
Louis suivit des yeux le couple jusqu’à ce qu’il eût disparu, et il se sentit tourmenté par le besoin de savoir quels rapports pouvaient exister entre la jeune fille et son compagnon. Ce dernier était une espèce de colosse, de taureau, à l’air sauvage et presque féroce.
En arrivant dans le village, Louis rencontra une jeune paysanne qui lui parut assez jolie. Ils se regardèrent tous deux en se croisant sur la route. Le plaisir donnait sans doute à la figure de Louis un air sympathique, car les yeux noirs et doux de la jeune fille s’arrêtèrent, et de loin, assez longuement sur ceux de Leforgeur.
L’envie de parler à la paysanne vint au jeune homme, qui trouva lui-même la chose extraordinaire puisque les femmes le gênaient et l’intimidaient extrêmement. Peut-être recouvra-t-il plus de hardiesse envers une paysanne, qu’il considérait comme étant d’une classe inférieure, de sorte qu’il se sentit plus à l’aise vis-à-vis d’elle.
Fut-il animé par le sentiment de sa complète émancipation, ou bien un attrait plus vif qu’à l’ordinaire lui imposa-t-il sa domination ?
Bref, Louis demanda le chemin de l’auberge à la jeune fille. Elle le lui indiqua en rougissant un peu. Il la salua, et ils se séparèrent. Puis Louis alla jusqu’à l’auberge, mais sans se rendre compte qu’il était bien plus affermi qu’auparavant dans la conviction que Mangues-le-Vert était le lieu le plus ravissant de la terre, un centre de bonheur et de joies.
Les premières journées s’écoulèrent pour Louis telles qu’il les avait imaginées, dans une absolue paresse, une contemplation délicatement savourée du paysage, une expansion et un contentement intérieurs, d’où naquit en lui une assurance d’allures qu’il ne se connaissait pas.
L’aubergiste lui fournit quelques meubles pour sa maison et lui envoya la célèbre cuisinière Euronique. Louis s’installa, rangea, jouit avec ivresse de ces premiers délices de la liberté, et se remit entièrement entre les mains de sa servante, qui fit tout ce qu’elle voulut.
Sa vie fut toute réglée d’après le temps. Quand il y avait du soleil, ou le matin une brume légère, transparente comme un voile, il se promenait. Si les nuages s’abaissaient et rendaient le ciel gris et mélancolique, ou seulement, vers le soir, lorsque la campagne s’effaçait sous les teintes de plus en plus sombres et confuses du crépuscule, Louis se rendait à l’auberge et se réjouissait à voir le grand feu dans la grande cheminée avec la grande broche, chargée de poulets et de pigeons, tandis que la salle resplendissait d’une lueur éclatante où étincelaient les vaisselles rangées sur les buffets et le couvert mis sur une nappe blanche.
Cette vie d’une simplicité complète et si peu mouvementée le charmait, uniquement parce que lui-même se la créait et la réglait. Si elle eût dépendu de l’ordre et de la règle de la famille, il l’eût trouvée insupportable.
Louis éprouvait un certain agrément à causer avec l’aubergiste et à jouer aux cartes avec un vieux capitaine en retraite qui prenait ses repas à l’auberge. Tout cela venait du libre exercice de sa volonté.
Mais ce calme devait être bientôt dérangé.
Un jour que Louis était arrêté sur la place de l’église, il vit passer un grand garçon en blouse, accompagné d’une jeune fille. Il reconnut la paysanne avec laquelle il s’était croisé en chemin lors de son arrivée à Mangues. Celle-ci le reconnut aussi, et lui fit un petit salut de la tête en souriant et en rougissant encore.
Ce salut et ce sourire transportèrent Louis dans un monde nouveau. Il lui semblait qu’une sorte de souffle parfumé avait effleuré son visage. Jamais une femme ne lui avait témoigné ainsi un intérêt aussi spontané, aussi simplement direct, et il avait une grande reconnaissance pour la première qui venait de la sorte lever l’interdit dont la timidité de Louis l’avait toujours frappé.
Louis suivit des yeux le couple jusqu’à ce qu’il eût disparu, et il se sentit tourmenté par le besoin de savoir quels rapports pouvaient exister entre la jeune fille et son compagnon. Ce dernier était une espèce de colosse, de taureau, à l’air sauvage et presque féroce.