Extrai:
CIDALISE,
Voyant entrer Clitandre en robe de chambre.
Ah, bon Dieu ! Clitandre, quoi ! c’est vous ?
CLITANDRE.
Votre surprise, Madame, a de quoi m’étonner ; je vous croyois accoutumée à me voir vous faire ma cour, & je ne comprends pas ce que vous trouvez de si extraordinaire dans la visite que je vous fais.
CIDALISE.
C’est que je croyois avoir quelque raison de penser que si vous vouliez bien veiller aujourd’hui avec quelqu’un, ce ne seroit pas avec moi, & que, dans les idées que j’avois, votre présence m’a étonnée.
CLITANDRE.
Cérémonie à part, ne produit-elle sur vous que cet effet ? Ne vous embarrassé-je pas plus encore que je ne vous surprends ? C’est qu’à la rigueur, cela seroit possible au moins.
CIDALISE.
Cette idée vous est nouvelle. Me permettriez-vous de vous demander ce qui vous la fait naître ?
CLITANDRE.
Mon intention n’est point de vous en faire mystere : mais voudrez-vous bien me dire aussi pourquoi vous avez été si étonnée de me voir chez vous ce soir, lorsque tant d’autres fois cela vous a paru si simple ?
CIDALISE.
Il me le paroissoit alors que vous me donnassiez vos momens perdus ; mais je ne vous crois pas aujourd’hui aussi désœuvré que je vous ai vu l’être quelquefois.
CLITANDRE.
J’avois sur vous la même idée ; & c’est ce qui fait précisément que je ne suis pas sans quelque sorte d’inquiétude que vous ne trouviez ma visite un peu déplacée.
CIDALISE.
Un peu déplacée ! J’admire tout à la fois le ménagement de vos termes, & passez-moi celui-ci, l’extravagance de vos idées. Voudrez-vous bien, au reste, me faire la grace de me dire pourquoi vous croyez m’incommoder tant aujourd’hui ?
CLITANDRE.
Oui, pourvû qu’à votre tour vous vouliez bien m’apprendre pourquoi ma présence ici vous cause tant d’étonnement.
CIDALISE.
Vous serez bientôt satisfait.
Elle passe dans sa garde-robe, revient, change de chemise : on la déchausse.
CLITANDRE.
Ah Dieu ! quelle jambe !
CIDALISE.
Oh ! finissez, Monsieur ; vos éloges ne me font point oublier votre témerité.
CLITANDRE.
Je ne sçais pas si c’est la premiere fois que je la loüe ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que ce n’est pas la premiere que je l’admire.
CIDALISE.
Allez−vous mettre là-bas, ou sortez.
CLITANDRE.
Vous me traitez singuliérement, Madame ; mais j’obéis.
Elle se couche, dit à une de ses femmes de rester : Clitandre s’assied sur un fauteuil auprès du lit.
CIDALISE.
Quoi ! réellement, Clitandre, vous n’avez de rendez-vous avec personne ?
CLITANDRE.
Quoi ! dans le vrai, je ne vous empêche pas de voir Éraste ?
CIDALISE.
Éraste ! Mais en vérité, vous n’y pensez pas, mon pauvre Comte.
CLITANDRE.
Et je vous jure, belle Marquise, que je ne pense pas plus à aucune des femmes qui sont chez vous, que vous ne songez à lui.
CIDALISE.
Quoi ! pas même à Araminte ?
CLITANDRE.
Araminte ! ah, parbleu ! la plaisanterie est délicieuse ! Est-ce parce que vous avez eu la méchanceté de la prier de venir ici, que vous croyez qu’il faut que je l’y amuse ?
CIDALISE.
Certes, le tour est fin ! C’est-à-dire que vous voudriez me faire croire que vous ne sçavez pas pourquoi elle est ici ?
CLITANDRE.
Oh ! pardonnez-moi : pour les esperances qu’elle y a, je les devine ; & vous le voyez bien au chagrin que j’ai de ce qu’elle y est. Je ne vous comprends pas ! il faut assûrément bien craindre de manquer de monde, pour se charger d’une pareille espèce !
CIDALISE.
En vérité, Clitandre, voilà une discrétion bien inutile, ou un persifflage bien ridicule ! Vous verrez aussi que c’est moi qui vous ai joué le mauvais tour de prier Célimene, & que c’est encore ma faute si Belise, Luscinde & Julie se trouvent chez moi en même tems.
CLITANDRE.
Oh ! pour celles-là, il ne se peut pas qu’ayant chez vous Cléon, Oronte & Valere, vous pensiez qu’elles y sont pour moi.
CIDALISE.
Mais je ne jurerois pas que vous fussiez dans l’honneur qu’elles me font, pour aussi peu que vous le prétendez...
CIDALISE,
Voyant entrer Clitandre en robe de chambre.
Ah, bon Dieu ! Clitandre, quoi ! c’est vous ?
CLITANDRE.
Votre surprise, Madame, a de quoi m’étonner ; je vous croyois accoutumée à me voir vous faire ma cour, & je ne comprends pas ce que vous trouvez de si extraordinaire dans la visite que je vous fais.
CIDALISE.
C’est que je croyois avoir quelque raison de penser que si vous vouliez bien veiller aujourd’hui avec quelqu’un, ce ne seroit pas avec moi, & que, dans les idées que j’avois, votre présence m’a étonnée.
CLITANDRE.
Cérémonie à part, ne produit-elle sur vous que cet effet ? Ne vous embarrassé-je pas plus encore que je ne vous surprends ? C’est qu’à la rigueur, cela seroit possible au moins.
CIDALISE.
Cette idée vous est nouvelle. Me permettriez-vous de vous demander ce qui vous la fait naître ?
CLITANDRE.
Mon intention n’est point de vous en faire mystere : mais voudrez-vous bien me dire aussi pourquoi vous avez été si étonnée de me voir chez vous ce soir, lorsque tant d’autres fois cela vous a paru si simple ?
CIDALISE.
Il me le paroissoit alors que vous me donnassiez vos momens perdus ; mais je ne vous crois pas aujourd’hui aussi désœuvré que je vous ai vu l’être quelquefois.
CLITANDRE.
J’avois sur vous la même idée ; & c’est ce qui fait précisément que je ne suis pas sans quelque sorte d’inquiétude que vous ne trouviez ma visite un peu déplacée.
CIDALISE.
Un peu déplacée ! J’admire tout à la fois le ménagement de vos termes, & passez-moi celui-ci, l’extravagance de vos idées. Voudrez-vous bien, au reste, me faire la grace de me dire pourquoi vous croyez m’incommoder tant aujourd’hui ?
CLITANDRE.
Oui, pourvû qu’à votre tour vous vouliez bien m’apprendre pourquoi ma présence ici vous cause tant d’étonnement.
CIDALISE.
Vous serez bientôt satisfait.
Elle passe dans sa garde-robe, revient, change de chemise : on la déchausse.
CLITANDRE.
Ah Dieu ! quelle jambe !
CIDALISE.
Oh ! finissez, Monsieur ; vos éloges ne me font point oublier votre témerité.
CLITANDRE.
Je ne sçais pas si c’est la premiere fois que je la loüe ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que ce n’est pas la premiere que je l’admire.
CIDALISE.
Allez−vous mettre là-bas, ou sortez.
CLITANDRE.
Vous me traitez singuliérement, Madame ; mais j’obéis.
Elle se couche, dit à une de ses femmes de rester : Clitandre s’assied sur un fauteuil auprès du lit.
CIDALISE.
Quoi ! réellement, Clitandre, vous n’avez de rendez-vous avec personne ?
CLITANDRE.
Quoi ! dans le vrai, je ne vous empêche pas de voir Éraste ?
CIDALISE.
Éraste ! Mais en vérité, vous n’y pensez pas, mon pauvre Comte.
CLITANDRE.
Et je vous jure, belle Marquise, que je ne pense pas plus à aucune des femmes qui sont chez vous, que vous ne songez à lui.
CIDALISE.
Quoi ! pas même à Araminte ?
CLITANDRE.
Araminte ! ah, parbleu ! la plaisanterie est délicieuse ! Est-ce parce que vous avez eu la méchanceté de la prier de venir ici, que vous croyez qu’il faut que je l’y amuse ?
CIDALISE.
Certes, le tour est fin ! C’est-à-dire que vous voudriez me faire croire que vous ne sçavez pas pourquoi elle est ici ?
CLITANDRE.
Oh ! pardonnez-moi : pour les esperances qu’elle y a, je les devine ; & vous le voyez bien au chagrin que j’ai de ce qu’elle y est. Je ne vous comprends pas ! il faut assûrément bien craindre de manquer de monde, pour se charger d’une pareille espèce !
CIDALISE.
En vérité, Clitandre, voilà une discrétion bien inutile, ou un persifflage bien ridicule ! Vous verrez aussi que c’est moi qui vous ai joué le mauvais tour de prier Célimene, & que c’est encore ma faute si Belise, Luscinde & Julie se trouvent chez moi en même tems.
CLITANDRE.
Oh ! pour celles-là, il ne se peut pas qu’ayant chez vous Cléon, Oronte & Valere, vous pensiez qu’elles y sont pour moi.
CIDALISE.
Mais je ne jurerois pas que vous fussiez dans l’honneur qu’elles me font, pour aussi peu que vous le prétendez...