Extrait:
Pourtant ce genre autrefois si aimé a conservé des partisans, et il ne se passe guère d’année sans que l’on entende s’élever, en France ou à l’étranger, de chaudes protestations contre sa disgrâce. Il reste même encore des esprits chagrins pour prétendre que, loin d’être impossible, la forme historique est la plus précieuse de toutes les formes du roman, celle qui comporte la plus grosse part de vérité, ou, tout au moins, d’objectivité. Suivant eux, le passé est plus facile à bien connaître que le présent. Pour qu’un écrivain parvienne à nous donner l’image vivante d’une époque, il faut que lui-même l’aperçoive d’ensemble, dans un plein relief, avec l’enchaînement des causes et des conséquences : comment le pourra-t-il, si l’époque n’est pas achevée, s’il s’y trouve personnellement mêlé, s’il est condamné à ne l’observer qu’au travers de ses sentiments, de ses intérêts particuliers ? C’est parce que nous tournons avec la terre que nous ne sentons pas la terre tourner ; nous ne comprenons pas le mécanisme intérieur de notre société contemporaine parce que nous sommes nous-mêmes un de ses rouages. Et il en est des époques comme des œuvres d’art : nous aimons davantage les œuvres d’aujourd’hui, faites pour nous par des hommes semblables à nous ; mais nous comprenons, nous jugeons mieux les œuvres du passé, pouvant les voir dans une perspective suffisante.
Pourtant ce genre autrefois si aimé a conservé des partisans, et il ne se passe guère d’année sans que l’on entende s’élever, en France ou à l’étranger, de chaudes protestations contre sa disgrâce. Il reste même encore des esprits chagrins pour prétendre que, loin d’être impossible, la forme historique est la plus précieuse de toutes les formes du roman, celle qui comporte la plus grosse part de vérité, ou, tout au moins, d’objectivité. Suivant eux, le passé est plus facile à bien connaître que le présent. Pour qu’un écrivain parvienne à nous donner l’image vivante d’une époque, il faut que lui-même l’aperçoive d’ensemble, dans un plein relief, avec l’enchaînement des causes et des conséquences : comment le pourra-t-il, si l’époque n’est pas achevée, s’il s’y trouve personnellement mêlé, s’il est condamné à ne l’observer qu’au travers de ses sentiments, de ses intérêts particuliers ? C’est parce que nous tournons avec la terre que nous ne sentons pas la terre tourner ; nous ne comprenons pas le mécanisme intérieur de notre société contemporaine parce que nous sommes nous-mêmes un de ses rouages. Et il en est des époques comme des œuvres d’art : nous aimons davantage les œuvres d’aujourd’hui, faites pour nous par des hommes semblables à nous ; mais nous comprenons, nous jugeons mieux les œuvres du passé, pouvant les voir dans une perspective suffisante.