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SI l’on disait à l’autre bout du monde qu’il y a une rue où tous les
produits du globe se rencontrent, s’échelonnent, se superposent ; une rue
dont les trois continents et les mers qui les embrassent, les entrailles
de la terre et sa surface, tous les ordres de la nature et quelques autres
encore ont fait les frais, où ils ont déposé des échantillons, cette rue
paraîtrait fabuleuse, idéale, impossible, comme le vaisseau aimanté, le
sphinx, l’onyx, la licorne et le physétère : cette rue existe, cette rue
personne ne la connaît, et tout le monde s’en est servi sous la forme d’un
bonbon ou d’une infusion théiforme ; tout le monde y est entré, et
personne n’en est sorti sans avoir été tenté par quelque produit du Chat
noir ou du Berger plus ou moins fidèle. Parlez, que vous faut-il, une mine
d’or ou d’asphalte ? la voici ; des coraux ? en voilà ; de la réglisse ?
vous êtes servi ; des aérolithes ? on va vous en procurer ; du chocolat ?
c’est le pays ; une momie ? elle repose dans un bocal ; la pierre
philosophale ? vous l’aurez. Nicolas Flamel s’était établi dans le
voisinage de la rue des Lombards ; mais sa recette consistait à prêter à
la petite semaine à tous les épiciers-droguistes de son quartier,
moyennant quoi maître Nicolas était censé faire de l’or, et faisait du
bien à sa paroisse. Il fit bâtir le portail de Saint-Jacques-la-Boucherie
avec un or usuraire ; néanmoins il y fut enterré avec les honneurs dus à
une âme charitable et chrétienne.
La rue des Lombards doit, ainsi que chacun sait, son nom aux marchands
lombards qui posèrent là leurs pénates, à la suite de plusieurs
émigrations qu’il serait trop long de raconter ici. Ils s’établirent sous
des emblèmes pieux, à l’Image de Notre-Dame, à Saint Christophe, à l’Image
de Dieu, quoiqu’au fond... de leurs boutiques, ils n’eussent pas plus de
conscience que des mécréants. Depuis cette époque, la rue des Lombards est
restée ce qu’elle étai