René soupira devant son poste de télévision. Il n’aimait pas le football. Il n'avait jamais aimé ça. Il n’avait rien contre le sport en lui-même. Cela ne l'intéressait tout simplement pas. Pour la énième fois de la soirée, il se dit qu'il lui suffirait de changer de chaîne pour regarder ce qui l'intéressait vraiment mais il savait très bien qu'il ne pouvait pas le faire. Demain, à l'usine, ce serait le seul sujet de conversation pour toute la journée et il ne voulait pas se sentir exclu. Il tentait de retenir péniblement les différentes étapes du match, tout en essayant tant bien que mal de se persuader qu'un jour ou l'autre il y trouverait un intérêt quelconque. Ce qui l'intéressait vraiment c'étaient les jeux. Pas les jeux d'argent. Les « jeux d’esprit » comme il se plaisait à dire, les jeux où des inconnus venaient prouver toute l'étendue de leurs connaissances. Lui n'était qu'un ouvrier. On lui avait fait quitter l'école dès que possible en lui expliquant avec le plus de tact possible que ses compétences relevaient plus du manuel que de l'intellectuel ce qui, dans certains pays, aurait pu être flatteur, mais rarement en France. Il n’en voulait à personne. Il avait pleinement conscience des limites de ses capacités. Seulement, aussi peu diplômé qu'il fût, aussi peu doué pour l’intellect, il aspirait au savoir.
Lacrimae Mundi (French Edition)
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