Emmanuel Desrosiers
Né à La Prairie (rive-Sud de Montréal), il fait des études chez les Frères de l’Instruction chrétienne. Il devient typographe à l’imprimerie desdits frères puis dans divers ateliers de Montréal, dont ceux de La Presse, de La Patrie et du Devoir.
Parallèlement il produit une imposante quantité de romans et articles pour nombre de journaux et magazines, dont La Parole de Drummondville, Mon magazine, Le Pharmacien, sans compter plusieurs Contes et Nouvelles de guerre, publiés dans plusieurs publications. (Source familiale!)
Le crime de Grove Street
J’ai toujours hésité à décrire les faits mystérieux qui vont suivre, d’abord parce qu’ils sont relativement récents et que les personnages qui y sont mentionnés étaient pour la plupart vivants, il y a à peine quelque années.
Quelquefois l’imagination joue un grand rôle dans les événements écoulés. On croit facilement après peu d’années à certains faits inexistants. Tout complote pour nous y faire croire. L’homme est ainsi fait qu’il croit facilement au merveilleux.
À l’automne, quand la lune éclaire la campagne silencieuse, les arbres deviennent autant de squelettes et les branches autant de tibias décharnés. Le vent qui brame imite, semble-t-il, « la voix des morts », ses plaintes se font lugubres près des murailles froides et l’on croit que quelqu’un rôde dans la pénombre. La moindre branche que l’automne brise nous paraît un bruit d’ossements. Puis là-haut, quand les nuages apparaissent, l’imagination y reconstitue tout un défilé moyenâgeux ; que de poternes s’ouvrent sur l’infini ! Il semble qu’au-delà des rocs de brume où croulent les donjons et les tours de guet se situe le séjour des revenants. Et l’on vit un rêve torturé où notre imagination côtoie un monde fantastique et inconnu.
Vous êtes seul dans le désert des choses mortes, seul avec le mystère qui est en vous, seul avec la terreur qui vous envahit. Si vous alliez crier ! Prenez garde ! Vous ne reconnaîtriez pas votre voix. Il vous semblerait entendre l’appel de l’ombre et l’écho de vos paroles aurait le son du bois sec que l’on brise.
Admettons que ceci se passe dès les premières heures de la nuit alors que la clameur des ombres, que seule votre imagination perçoit, ne fait que commencer à bruire. Ce n’est pas encore l’effroi, c’est le commencement du malaise que provoquent les ténèbres. L’heure de minuit arrivera troublante avec son cortège de plaintes et son profond mystère.
Quand nous n’avons pas sommeil et que nos yeux ouverts se fixent dans l’ombre de la chambre, essayant de découvrir la figure des ténèbres, et que nos oreilles entendent les mille bruits de la nuit, que se passe-t-il réellement autour de nous ? Quel est donc ce monde ténébreux qui semble exister dans l’appartement où nous sommes ?
À l’heure récente où le soir tombait, alors que dans le lointain du ciel montaient déjà de vagues ombres, il semble que les habitants de l’inconnu se concertaient déjà et se préparaient à l’invasion mystérieuses de choses vivantes. Nous n’avons pas rêvé, nous avons bien vu à travers la fenêtre une main d’ombre, fantastique ; quelqu’un a marché sur le toit, d’un pas feutré, effroyablement apeurant.
Enfin, nous nous sommes couverts mais toujours nous sentions que des êtres rôdaient dans la chambre. C’est cela la peur.
Né à La Prairie (rive-Sud de Montréal), il fait des études chez les Frères de l’Instruction chrétienne. Il devient typographe à l’imprimerie desdits frères puis dans divers ateliers de Montréal, dont ceux de La Presse, de La Patrie et du Devoir.
Parallèlement il produit une imposante quantité de romans et articles pour nombre de journaux et magazines, dont La Parole de Drummondville, Mon magazine, Le Pharmacien, sans compter plusieurs Contes et Nouvelles de guerre, publiés dans plusieurs publications. (Source familiale!)
Le crime de Grove Street
J’ai toujours hésité à décrire les faits mystérieux qui vont suivre, d’abord parce qu’ils sont relativement récents et que les personnages qui y sont mentionnés étaient pour la plupart vivants, il y a à peine quelque années.
Quelquefois l’imagination joue un grand rôle dans les événements écoulés. On croit facilement après peu d’années à certains faits inexistants. Tout complote pour nous y faire croire. L’homme est ainsi fait qu’il croit facilement au merveilleux.
À l’automne, quand la lune éclaire la campagne silencieuse, les arbres deviennent autant de squelettes et les branches autant de tibias décharnés. Le vent qui brame imite, semble-t-il, « la voix des morts », ses plaintes se font lugubres près des murailles froides et l’on croit que quelqu’un rôde dans la pénombre. La moindre branche que l’automne brise nous paraît un bruit d’ossements. Puis là-haut, quand les nuages apparaissent, l’imagination y reconstitue tout un défilé moyenâgeux ; que de poternes s’ouvrent sur l’infini ! Il semble qu’au-delà des rocs de brume où croulent les donjons et les tours de guet se situe le séjour des revenants. Et l’on vit un rêve torturé où notre imagination côtoie un monde fantastique et inconnu.
Vous êtes seul dans le désert des choses mortes, seul avec le mystère qui est en vous, seul avec la terreur qui vous envahit. Si vous alliez crier ! Prenez garde ! Vous ne reconnaîtriez pas votre voix. Il vous semblerait entendre l’appel de l’ombre et l’écho de vos paroles aurait le son du bois sec que l’on brise.
Admettons que ceci se passe dès les premières heures de la nuit alors que la clameur des ombres, que seule votre imagination perçoit, ne fait que commencer à bruire. Ce n’est pas encore l’effroi, c’est le commencement du malaise que provoquent les ténèbres. L’heure de minuit arrivera troublante avec son cortège de plaintes et son profond mystère.
Quand nous n’avons pas sommeil et que nos yeux ouverts se fixent dans l’ombre de la chambre, essayant de découvrir la figure des ténèbres, et que nos oreilles entendent les mille bruits de la nuit, que se passe-t-il réellement autour de nous ? Quel est donc ce monde ténébreux qui semble exister dans l’appartement où nous sommes ?
À l’heure récente où le soir tombait, alors que dans le lointain du ciel montaient déjà de vagues ombres, il semble que les habitants de l’inconnu se concertaient déjà et se préparaient à l’invasion mystérieuses de choses vivantes. Nous n’avons pas rêvé, nous avons bien vu à travers la fenêtre une main d’ombre, fantastique ; quelqu’un a marché sur le toit, d’un pas feutré, effroyablement apeurant.
Enfin, nous nous sommes couverts mais toujours nous sentions que des êtres rôdaient dans la chambre. C’est cela la peur.