Jules SANDEAU (1811 - 1883) est un romancier et auteur dramatique français. Il rencontre Aurore Dudevant, la future George Sand, avec laquelle il engage une liaison et écrit un roman, Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse, qui paraît en 1831 sous le nom de Jules Sand.
Extrait :
Il faut bien reconnaître, hélas ! qu’en toutes choses le docteur ployait ainsi sous la volonté conjugale. Aristide tremblait sous un regard de Mme Herbeau, comme la perdrix sous l’œil magnétique du chien qui la tient en arrêt. Souvent, dans les cercles brillants de la ville, on le voyait, auprès des jeunes beautés, se livrant à toutes les grâces d’un esprit attique et léger. Sa figure rayonnait ; Horace et Parny voltigeaient sur ses lèvres ; de ses petits yeux sortaient des jets de flamme, et ses mains, enhardies par la poésie latine, osaient parfois des libertés toutes paternelles. Mais soudain ses traits se cristallisaient, un nuage cuivré passait sur son front, ses mains se retiraient confuses. C’est qu’un regard de Mme Herbeau, parti comme une flèche de la table de jeu, avait traversé le salon et frappé Aristide au cœur. Le reste de la soirée, le docteur était triste et muet. On le voyait errer, comme une chauve-souris, autour des parties de boston, insensible aux agaceries des femmes, morne, inquiet, et se crispant douloureusement aux approches de l’orage qu’il entendait gronder à l’horizon. L’orage éclatait au retour. Auprès d’Adélaïde...
Extrait :
Il faut bien reconnaître, hélas ! qu’en toutes choses le docteur ployait ainsi sous la volonté conjugale. Aristide tremblait sous un regard de Mme Herbeau, comme la perdrix sous l’œil magnétique du chien qui la tient en arrêt. Souvent, dans les cercles brillants de la ville, on le voyait, auprès des jeunes beautés, se livrant à toutes les grâces d’un esprit attique et léger. Sa figure rayonnait ; Horace et Parny voltigeaient sur ses lèvres ; de ses petits yeux sortaient des jets de flamme, et ses mains, enhardies par la poésie latine, osaient parfois des libertés toutes paternelles. Mais soudain ses traits se cristallisaient, un nuage cuivré passait sur son front, ses mains se retiraient confuses. C’est qu’un regard de Mme Herbeau, parti comme une flèche de la table de jeu, avait traversé le salon et frappé Aristide au cœur. Le reste de la soirée, le docteur était triste et muet. On le voyait errer, comme une chauve-souris, autour des parties de boston, insensible aux agaceries des femmes, morne, inquiet, et se crispant douloureusement aux approches de l’orage qu’il entendait gronder à l’horizon. L’orage éclatait au retour. Auprès d’Adélaïde...