A JEAN RICHEPIN
Les dieux et les héros ne sont plus de ce temps ;
Et, désormais fermés aux grandes espérances,
Nous vivons trop nos deuils, nos plaisirs, nos souffrances,
Pour sonder du regard les cieux inquiétants....
PREMIÈRE PARTIE DAMNATION
La salle du festin, étouffante, ressemble
A quelque serre chaude où, dans tout leur éclat,
Les femmes et les fleurs resplendissent ensemble ;
Exquises, ayant l’air mièvre et si délicat
(Fleurs ouvertes de nuit au son de la musique)
Que ce bouquet paré de rubans de gala
Semble une éclosion merveilleuse et magique :
Et la nature, simple en sa beauté pudique,
N’a pas su lui donner tout le charme qu’il a.
Les fleurs, que vit éclore un pays de féeries,
Et qui laissent dans l’air planer leurs parfums lourds,
Semblent étinceler de.....
SECONDE PARTIE SPLEEN
Déjà le crépuscule envahit le ciel pâle,
Et le beau chapelet des étoiles d’opale
Et de nacre s’égrène et tombe dans la mer.
Toi qui gîs comme un mort, toi que le souffle amer
De la nuit a glacé jusqu’aux os, misérable
Qui grelottais de peur, sais-tu bien que le diable
A faussé sa parole, et – pauvre épouvanté ! –
Pour de bonnes raisons ne s’est pas présenté ?
Tu n’en sais rien. tu dors, insensible ; et les merles
Sautillent en sifflant dans les prés pleins de..
VII PENSÉES DE FAUST
Tudieu, quelle frayeur ! Je dois être fort pâle.
A peine si mon cou pouvait pousser un râle
Parmi les éléments en rut. – Quelle heure est-il ?
Le diable, personnage éminemment subtil,
S’est-il fondu dans l’air par cette nuit d’orage ?
Ne rions pas, il peut revenir. Bah ! courage !
Il n’est pas si méchant, sans doute, qu’on le....
IX FAUST, GABBAÏ, HANATHOTH.
FAUST.
Qu’y a-t-il ? que me voulez-vous ?
GABBAI.
Seigneur, Gabbaï te salue. Tu peux dire comme le prophète Isaïe : Et posuit os meum quasi gladium acutum : in umbra manus suæ protexit me, et posuit me sicut sagittam electam .– in pharetra sua abscondit me.
FAUST.
Qu’est-ce que cela me fait ?
HANATHOTH.
C’est de toi, Seigneur, qu’il est dit dans l’Apocalypse : et ipse calcat torcular vini furoris iræ Dei omnipotentis.
FAUST.
Qui s’en serait douté ? Vous plaîrait-il de vous expliquer d’une.....
X LA TOUR DE BABEL
RÊVE DE FAUST
Comme un poing monstrueux levé contre l’azur,
La grande tour plongeait dans le ciel large et pur ;
Au devant du soleil elle montait, superbe,
Et sur ses flancs velus rampaient la ronce et l’herbe.
L’espoir qui souriait à ces hommes, malgré
Ce qu’il avait d’absurde et de désespéré,
Les poussait à l’ouvrage avec une furie
Étrange, et l’on eût vu, bruns, la face amaigrie,
Subissant chaleur, pluie et vent sans sourciller
Tandis qu’ils soulevaient les grands rocs, travailler
Ces ennemis de Dieu dans....
XI LES VINGT-CINQ SONNETS DE FAUST
N’ai-je pas, pour construire une tour de Babel,
Et sans distinction ni de sexes ni d’âges,
Jeté des ouvriers sur mes échafaudages ?
Ils se sont, par milliers, rendus à mon appel.
Non pas que j’enviasse une splendeur au ciel,
Le rayonnant azur ou l’étoile des mages :
Je voulais, bravant Dieu mieux que dans ses images,
Traîner par les cheveux l’archange saint Michel...
Mettre en face des saints l’homme né de la femme,
Le vengeur irrité qui du vent de.......
Les dieux et les héros ne sont plus de ce temps ;
Et, désormais fermés aux grandes espérances,
Nous vivons trop nos deuils, nos plaisirs, nos souffrances,
Pour sonder du regard les cieux inquiétants....
PREMIÈRE PARTIE DAMNATION
La salle du festin, étouffante, ressemble
A quelque serre chaude où, dans tout leur éclat,
Les femmes et les fleurs resplendissent ensemble ;
Exquises, ayant l’air mièvre et si délicat
(Fleurs ouvertes de nuit au son de la musique)
Que ce bouquet paré de rubans de gala
Semble une éclosion merveilleuse et magique :
Et la nature, simple en sa beauté pudique,
N’a pas su lui donner tout le charme qu’il a.
Les fleurs, que vit éclore un pays de féeries,
Et qui laissent dans l’air planer leurs parfums lourds,
Semblent étinceler de.....
SECONDE PARTIE SPLEEN
Déjà le crépuscule envahit le ciel pâle,
Et le beau chapelet des étoiles d’opale
Et de nacre s’égrène et tombe dans la mer.
Toi qui gîs comme un mort, toi que le souffle amer
De la nuit a glacé jusqu’aux os, misérable
Qui grelottais de peur, sais-tu bien que le diable
A faussé sa parole, et – pauvre épouvanté ! –
Pour de bonnes raisons ne s’est pas présenté ?
Tu n’en sais rien. tu dors, insensible ; et les merles
Sautillent en sifflant dans les prés pleins de..
VII PENSÉES DE FAUST
Tudieu, quelle frayeur ! Je dois être fort pâle.
A peine si mon cou pouvait pousser un râle
Parmi les éléments en rut. – Quelle heure est-il ?
Le diable, personnage éminemment subtil,
S’est-il fondu dans l’air par cette nuit d’orage ?
Ne rions pas, il peut revenir. Bah ! courage !
Il n’est pas si méchant, sans doute, qu’on le....
IX FAUST, GABBAÏ, HANATHOTH.
FAUST.
Qu’y a-t-il ? que me voulez-vous ?
GABBAI.
Seigneur, Gabbaï te salue. Tu peux dire comme le prophète Isaïe : Et posuit os meum quasi gladium acutum : in umbra manus suæ protexit me, et posuit me sicut sagittam electam .– in pharetra sua abscondit me.
FAUST.
Qu’est-ce que cela me fait ?
HANATHOTH.
C’est de toi, Seigneur, qu’il est dit dans l’Apocalypse : et ipse calcat torcular vini furoris iræ Dei omnipotentis.
FAUST.
Qui s’en serait douté ? Vous plaîrait-il de vous expliquer d’une.....
X LA TOUR DE BABEL
RÊVE DE FAUST
Comme un poing monstrueux levé contre l’azur,
La grande tour plongeait dans le ciel large et pur ;
Au devant du soleil elle montait, superbe,
Et sur ses flancs velus rampaient la ronce et l’herbe.
L’espoir qui souriait à ces hommes, malgré
Ce qu’il avait d’absurde et de désespéré,
Les poussait à l’ouvrage avec une furie
Étrange, et l’on eût vu, bruns, la face amaigrie,
Subissant chaleur, pluie et vent sans sourciller
Tandis qu’ils soulevaient les grands rocs, travailler
Ces ennemis de Dieu dans....
XI LES VINGT-CINQ SONNETS DE FAUST
N’ai-je pas, pour construire une tour de Babel,
Et sans distinction ni de sexes ni d’âges,
Jeté des ouvriers sur mes échafaudages ?
Ils se sont, par milliers, rendus à mon appel.
Non pas que j’enviasse une splendeur au ciel,
Le rayonnant azur ou l’étoile des mages :
Je voulais, bravant Dieu mieux que dans ses images,
Traîner par les cheveux l’archange saint Michel...
Mettre en face des saints l’homme né de la femme,
Le vengeur irrité qui du vent de.......