Le jardinier de cimetière ne ressemble en rien aux autres jardiniers, si
joyeux d’ordinaire, qui chantent le matin avec l’alouette, à midi avec la
cigale, et le soir avec le rossignol. Le jardinier de cimetière ne chante
jamais : c’est un homme grave ; il a le teint blême, le regard sombre ;
son nez, comme celui du père Aubry, aspire à la tombe.
Ce ne sont pas les classes élevées, les familles riches, qui font la
fortune de ce jardinier : aux grands de la terre qui trépassent, il faut
un terrain concédé à perpétuité, un tombeau de marbre ou de granit, une
épitaphe en lettres d’or ; ces morts-là payent cher leur sépulture, et on
leur en donne pour leur argent.
La clientèle du jardinier de cimetière est tout entière dans la classe
moyenne, parmi les petits rentiers, les petits marchands, les modestes
employés, tous personnages auxquels le culte des tombeaux est permis
pendant cinq ou dix ans seulement. Lorsque l’entreprise des pompes
funèbres lui a révélé un décès, cet homme questionne, interroge, et, dès
qu’il est parvenu à découvrir l’adresse du mort, il ne s’arrête plus, il
court, il a des ailes, et les parents le voient apparaître au milieu de
leur plus grande douleur.
M. D..., jeune avocat qui n’avait encore plaidé qu’une fois, et devant la
7e chambre, venait de perdre son père, ancien commis du ministère de
l’intérieur. Le char mortuaire était à la porte ; on clouait la bière dans
la pièce voisine de sa chambre ; il était assis, morne, immobile dans un
large fauteuil : tout à coup se présente devant lui un homme vêtu d’un
habit-veste de gros drap couleur foncée, portant de gros souliers ferrés,
et tenant à la main son chapeau d’un noir rougeâtre, illustré d’un crêpe
dont la vétusté semblait annoncer un deuil perpétuel.
« Monsieur, dit-il d’une voix sépulcrale, j’ai appris le malheur, le grand
malheur...
ce livre a ete revu et corrige pour une lecture kindle
joyeux d’ordinaire, qui chantent le matin avec l’alouette, à midi avec la
cigale, et le soir avec le rossignol. Le jardinier de cimetière ne chante
jamais : c’est un homme grave ; il a le teint blême, le regard sombre ;
son nez, comme celui du père Aubry, aspire à la tombe.
Ce ne sont pas les classes élevées, les familles riches, qui font la
fortune de ce jardinier : aux grands de la terre qui trépassent, il faut
un terrain concédé à perpétuité, un tombeau de marbre ou de granit, une
épitaphe en lettres d’or ; ces morts-là payent cher leur sépulture, et on
leur en donne pour leur argent.
La clientèle du jardinier de cimetière est tout entière dans la classe
moyenne, parmi les petits rentiers, les petits marchands, les modestes
employés, tous personnages auxquels le culte des tombeaux est permis
pendant cinq ou dix ans seulement. Lorsque l’entreprise des pompes
funèbres lui a révélé un décès, cet homme questionne, interroge, et, dès
qu’il est parvenu à découvrir l’adresse du mort, il ne s’arrête plus, il
court, il a des ailes, et les parents le voient apparaître au milieu de
leur plus grande douleur.
M. D..., jeune avocat qui n’avait encore plaidé qu’une fois, et devant la
7e chambre, venait de perdre son père, ancien commis du ministère de
l’intérieur. Le char mortuaire était à la porte ; on clouait la bière dans
la pièce voisine de sa chambre ; il était assis, morne, immobile dans un
large fauteuil : tout à coup se présente devant lui un homme vêtu d’un
habit-veste de gros drap couleur foncée, portant de gros souliers ferrés,
et tenant à la main son chapeau d’un noir rougeâtre, illustré d’un crêpe
dont la vétusté semblait annoncer un deuil perpétuel.
« Monsieur, dit-il d’une voix sépulcrale, j’ai appris le malheur, le grand
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