Extrai:
L’influence de l’éducation première dans la manifestation de l’amour chez l’adolescent, n’est point contestable. Sans en multiplier les exemples, sans en appeler à des témoignages pittoresques, on peut s’en tenir à la leçon que fournit Napoléon. Sans doute, chez lui, le tempérament prend souvent le dessus sur l’éducation, la race se manifeste quelquefois avec un sursaut de violence, mais la part des circonstances spéciales faite, condamnation passée sur certaines exceptions, l’amour chez Napoléon demeure corse. Corse dans le mépris qu’il a pour les voluptés languissantes ; corse dans l’avarice qu’il met à accorder du temps à son plaisir ; corse, enfin, dans la considération purement hygiénique qu’il a pour ce même plaisir. Point de passion là-dedans. S’il n’exclut pas Mme Walewska de son souvenir, c’est qu’elle a, pour se rappeler à lui, l’enfant né au lendemain de Wagram, et qu’aussi sa conquête s’est entourée de circonstances qui la peuvent rendre chère à la mémoire sensible[1]. Mais pour toutes, et toujours, Napoléon est bref. L’Empire a droit à des plus hauts et plus tendres soins.
Sa jeunesse a été celle de tous les enfants de Corse : rude, forte, sans concessions à la sentimentalité, indisciplinée, rebelle et libre. Dans l’Ile l’homme est le chef de la famille à la manière antique. Il commande, ordonne la vie de la maison, ne rend point compte à l’épouse, promulgue dans l’étendue de son domaine et réduit la femme au rôle ménager[2]. Les conditions de vie se prononcent donc elles-mêmes contre les tendresses inutiles. L’amour est borné à la passivité chez la femme, passivité qui n’exclut ni l’ardeur ni la passion. Pour son plaisir, l’homme choisit son heure, et sa volonté seule en décide. Sur le cœur de Napoléon, l’amour n’a point d’autre prise. Sans doute, au début de son mariage avec Joséphine, il n’est pas d’amant qui l’égale en fougue bondissante et dévorante, mais c’est qu’alors il en était à sa première passion, et quelle passion ! Son heure d’ivresse et d’ardeur passée, il commande à son cœur comme à ses sens, et ses heures d’amour se chiffrent au nombre de ses passades. Ses maîtresses il les prend pour une heure. S’il n’était que général, la liaison durerait un an. Il est empereur, et elle ne dure qu’un mois, et encore ! Point de « scènes » relevant de la comédie ou du drame de l’amour ; il répugne à ces spectacles de la pudeur vaine qui se défend pour ne céder qu’à des supplications. Comédie ! comédie ! Son temps est précieux. Il est corse. Rien de pareil pour son fils.
Naissance, milieu, éducation, tout diffère pour le Roi de Rome de ce qui fut l’atmosphère de jeunesse de Napoléon. Il naît, comme dominé déjà, dirait-on, par la volonté corse. Qu’est-ce d’autre que cet article VII du sénatus-consulte du 17 février 1810, promulgué plus d’un an avant la naissance de l’enfant : « Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome » ? La volonté paternelle a, en quelque sorte décrété cette naissance. Pour elle on ressuscitera le cérémonial de l’ancienne France, on compulsera l’étiquette des monarchies périmées, et ce qui sera proposé à l’acclamation populaire, aux chants des poètes, à la joie agenouillée des royautés feudataires de l’Empire, aux batteries d’allégresse tirées dans les solennelles tenues des loges maçonniques, ce ne sera point le petit-fils d’un hobereau corse, mais bien l’Enfant de France, le fils d’un empereur français, tenant tout du peuple français, et soumis, avec sa cour, au mode de la vie française.
Dès son premier jour, l’enfant sera enfermé dans les règles de l’Étiquette de sa Maison, car il a une Maison aux appointements de 157.860 frs[3]. Il recevra soins et honneurs de dignitaires ayant prêté serment, et peu importe que ces dignitaires soient des femmes : elles ont été, hors la famille, choisies pour une fonction, une charge. Elles l’exécutent, la gouvernante pour 40.000 frs par an...
L’influence de l’éducation première dans la manifestation de l’amour chez l’adolescent, n’est point contestable. Sans en multiplier les exemples, sans en appeler à des témoignages pittoresques, on peut s’en tenir à la leçon que fournit Napoléon. Sans doute, chez lui, le tempérament prend souvent le dessus sur l’éducation, la race se manifeste quelquefois avec un sursaut de violence, mais la part des circonstances spéciales faite, condamnation passée sur certaines exceptions, l’amour chez Napoléon demeure corse. Corse dans le mépris qu’il a pour les voluptés languissantes ; corse dans l’avarice qu’il met à accorder du temps à son plaisir ; corse, enfin, dans la considération purement hygiénique qu’il a pour ce même plaisir. Point de passion là-dedans. S’il n’exclut pas Mme Walewska de son souvenir, c’est qu’elle a, pour se rappeler à lui, l’enfant né au lendemain de Wagram, et qu’aussi sa conquête s’est entourée de circonstances qui la peuvent rendre chère à la mémoire sensible[1]. Mais pour toutes, et toujours, Napoléon est bref. L’Empire a droit à des plus hauts et plus tendres soins.
Sa jeunesse a été celle de tous les enfants de Corse : rude, forte, sans concessions à la sentimentalité, indisciplinée, rebelle et libre. Dans l’Ile l’homme est le chef de la famille à la manière antique. Il commande, ordonne la vie de la maison, ne rend point compte à l’épouse, promulgue dans l’étendue de son domaine et réduit la femme au rôle ménager[2]. Les conditions de vie se prononcent donc elles-mêmes contre les tendresses inutiles. L’amour est borné à la passivité chez la femme, passivité qui n’exclut ni l’ardeur ni la passion. Pour son plaisir, l’homme choisit son heure, et sa volonté seule en décide. Sur le cœur de Napoléon, l’amour n’a point d’autre prise. Sans doute, au début de son mariage avec Joséphine, il n’est pas d’amant qui l’égale en fougue bondissante et dévorante, mais c’est qu’alors il en était à sa première passion, et quelle passion ! Son heure d’ivresse et d’ardeur passée, il commande à son cœur comme à ses sens, et ses heures d’amour se chiffrent au nombre de ses passades. Ses maîtresses il les prend pour une heure. S’il n’était que général, la liaison durerait un an. Il est empereur, et elle ne dure qu’un mois, et encore ! Point de « scènes » relevant de la comédie ou du drame de l’amour ; il répugne à ces spectacles de la pudeur vaine qui se défend pour ne céder qu’à des supplications. Comédie ! comédie ! Son temps est précieux. Il est corse. Rien de pareil pour son fils.
Naissance, milieu, éducation, tout diffère pour le Roi de Rome de ce qui fut l’atmosphère de jeunesse de Napoléon. Il naît, comme dominé déjà, dirait-on, par la volonté corse. Qu’est-ce d’autre que cet article VII du sénatus-consulte du 17 février 1810, promulgué plus d’un an avant la naissance de l’enfant : « Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome » ? La volonté paternelle a, en quelque sorte décrété cette naissance. Pour elle on ressuscitera le cérémonial de l’ancienne France, on compulsera l’étiquette des monarchies périmées, et ce qui sera proposé à l’acclamation populaire, aux chants des poètes, à la joie agenouillée des royautés feudataires de l’Empire, aux batteries d’allégresse tirées dans les solennelles tenues des loges maçonniques, ce ne sera point le petit-fils d’un hobereau corse, mais bien l’Enfant de France, le fils d’un empereur français, tenant tout du peuple français, et soumis, avec sa cour, au mode de la vie française.
Dès son premier jour, l’enfant sera enfermé dans les règles de l’Étiquette de sa Maison, car il a une Maison aux appointements de 157.860 frs[3]. Il recevra soins et honneurs de dignitaires ayant prêté serment, et peu importe que ces dignitaires soient des femmes : elles ont été, hors la famille, choisies pour une fonction, une charge. Elles l’exécutent, la gouvernante pour 40.000 frs par an...