C’est sous les auspices de Mme de Sévigné que nous aimons à placer cette première série d’Études sur l’éducation des femmes par les femmes. Mme de Sévigné n’a rien écrit touchant l’éducation à proprement parler. Dans sa correspondance si riche et où elle se plaît si souvent à nous ouvrir des jours sur ses lectures et ses réflexions, elle ne dit pas un mot duTraité de Fénelon, bien que, comme la société d’élite qu’elle fréquentait, elle ait vraisemblablement eu l’ouvrage entre les mains, avant même qu’il fût imprimé. Ce n’est guère qu’à travers les représentations d’Esther qu’elle a vu Saint-Cyr, et les conseils qu’elle donne au chevalier de Sévigné et à Mme de Grignan n’ont rien de commun avec les Avis à mon fils et les Avis à ma fille de Mme de Lambert. Les questions soulevées incidemment de son temps sur l’égalité des sexes, reprises au dix-huitième siècle par J.-J. Rousseau, semblent la laisser indifférente. Elle n’a jamais songé à se demander, comme Mme d’Épinay, Mme Necker et Mme Roland, quelle était la part à faire dans l’éducation des femmes au développement de la sensibilité, à l’art de plaire, à la passion. Encore moins la pensée lui est-elle venue de concevoir une de ces œuvres de pédagogie auxquelles Mme de Genlis, Mme Campan, Mme Guizot, Mme de Rémusat, Mme Necker de Saussure ont attaché leur nom et que nous retrouverons dans la suite de ces Études. Mais si elle répugne visiblement à toute idée de système ou de théorie, ses lettres contiennent sur l’éducation qu’elle s’est elle-même donnée et sur l’éducation de ceux qui lui sont chers, nombre de vues profondes, de détails ingénieux, piquants, exquis, qui, sans permettre de la classer au nombre des femmes dont l’autorité puisse être invoquée dans la question qui nous occupe, expliquent le patronage que nous revendiquons.
Que n’a-t-on pas dit de l’amour maternel de Mme de Sévigné ? On connaît surtout la mère. La grand’mère n’est pas moins admirable. C’est dans l’autorité qu’elle a exercée à ce titre que se révèle le mieux peut-être tout ce qu’il y avait de sagacité, de force, de portée au fond de cette exubérante tendresse.
« Il me semble que je la vois encore, racontait l’abbé Arnauld, telle qu’elle me parut la première fois que j’eus l’honneur de la voir, arrivant dans le fond de son carrosse tout ouvert, au milieu de monsieur son fils et de mademoiselle sa fille : tous trois tels que les poètes représentent Latone au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane… » C’est ainsi que la postérité se la représente volontiers. Elle adorait son fils, elle idolâtrait sa fille. Pendant la jeunesse du chevalier, elle est là, l’œil et l’oreille au guet, épiant l’ occasion de lui donner un bon conseil ou de l’emmener bien loin, en Bretagne, quand les mauvaises liaisons risquent de devenir trop menaçantes. Après l’éloignement de Mme de Grignan, elle n’est jamais aussi heureuse que lorsqu’elle le tient ; elle lit avec lui ou marque dans ses livres les pages qu’elle veut lui faire lire : « il n’y a rien de bon, ni de droit, ni de noble qu’elle ne tâche de lui inspirer ou de lui confirmer, » et « elle lui sait gré d’entrer avec douceur et approbation dans tout ce qu’elle lui dit » : il a tant d’esprit, elle le trouve si divertissant ; la Providence, entre les mains de qui elle s’en remet, fera bien pour lui quelque chose ! À la veille de son départ pour l’Allemagne, où il va rejoindre son régiment, c’est celle qui prépare et qui fait partir son équipage. Le rapide avancement qu’il obtient satisfait son amour-propre, sans calmer son cœur ni remplir son sentiment. Elle n’a certainement aucun plaisir à le voir à la tête de ses escadrons. L’idée des congés dont il a besoin l’enchante. Elle voudrait que le rhumatisme dont il souffre fût universel, afin de pouvoir lui rendre toute sorte de soins. Mais elle ne se dissimule pas qu’elle ne le possède jamais qu’à moitié et qu’elle « sent mille fois plus l’amitié qu’elle a pour lui qu’il ne sent, lui, celle qu’il a pour elle. »
Elle n’e
Que n’a-t-on pas dit de l’amour maternel de Mme de Sévigné ? On connaît surtout la mère. La grand’mère n’est pas moins admirable. C’est dans l’autorité qu’elle a exercée à ce titre que se révèle le mieux peut-être tout ce qu’il y avait de sagacité, de force, de portée au fond de cette exubérante tendresse.
« Il me semble que je la vois encore, racontait l’abbé Arnauld, telle qu’elle me parut la première fois que j’eus l’honneur de la voir, arrivant dans le fond de son carrosse tout ouvert, au milieu de monsieur son fils et de mademoiselle sa fille : tous trois tels que les poètes représentent Latone au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane… » C’est ainsi que la postérité se la représente volontiers. Elle adorait son fils, elle idolâtrait sa fille. Pendant la jeunesse du chevalier, elle est là, l’œil et l’oreille au guet, épiant l’ occasion de lui donner un bon conseil ou de l’emmener bien loin, en Bretagne, quand les mauvaises liaisons risquent de devenir trop menaçantes. Après l’éloignement de Mme de Grignan, elle n’est jamais aussi heureuse que lorsqu’elle le tient ; elle lit avec lui ou marque dans ses livres les pages qu’elle veut lui faire lire : « il n’y a rien de bon, ni de droit, ni de noble qu’elle ne tâche de lui inspirer ou de lui confirmer, » et « elle lui sait gré d’entrer avec douceur et approbation dans tout ce qu’elle lui dit » : il a tant d’esprit, elle le trouve si divertissant ; la Providence, entre les mains de qui elle s’en remet, fera bien pour lui quelque chose ! À la veille de son départ pour l’Allemagne, où il va rejoindre son régiment, c’est celle qui prépare et qui fait partir son équipage. Le rapide avancement qu’il obtient satisfait son amour-propre, sans calmer son cœur ni remplir son sentiment. Elle n’a certainement aucun plaisir à le voir à la tête de ses escadrons. L’idée des congés dont il a besoin l’enchante. Elle voudrait que le rhumatisme dont il souffre fût universel, afin de pouvoir lui rendre toute sorte de soins. Mais elle ne se dissimule pas qu’elle ne le possède jamais qu’à moitié et qu’elle « sent mille fois plus l’amitié qu’elle a pour lui qu’il ne sent, lui, celle qu’il a pour elle. »
Elle n’e