..............Dans quelques annJes, il ne restera donc aucune trace de la grisettc, si ce n'est p.ir les livres et peut-être par la province, pourvu, cependant, que Bordeaux ne se dépêche pas trop à bâtir son quartier Bréda.
» Je ne vous dirai pas ce que les grisettes de Bordeaux ont de plus que les autres. Partout la femme ressemble à la femme; c'est le même patron qui a servi pour l'ancien et le nouveau monde. Qu'il vous suffise de savoir qu'elles sont jolies comme les plus jolies, spirituelles comme les plus spirituelles, — au point que ce s jnt elles qui deviennent plus tard les véritables Parisiennes.
1) Elles sont petites et bien prises. Elles sont brunes, comme presque toutes les femmes du Midi, avec des yeux et des cils longs de cela, et des cheveux à profusion.
» En outre de leur coiffure qui est d'un lâché ravissant, elles ont une manière irréprochable de se vêtir. De même que la Parisienne a la science du détail, elles ont surtout le secret de l'harmonie. Jamais, chez elles, une robe ne couvrira une jupe souillée. Leurs brodequins auront toujours été faits pour leurs pieds.
» La Parisienne n'est coquette qu'à une certaine heure du jour, — heure souveraine, il est vrai. La Bordelaise est coquette depuis le moment où elle se lève jusqu'au moment où elle se couche. Elle ignore le négligé du peignoir et n'ouvre les contrevents de sa fenêtre qu'une fois son corset mis et [ses bandeaux lis-I. 10.
ses. C'est une petite Venus sortie tout habillée du sein des flots, dans une conque de palissandre. »
Horterîse Schneider était une de ces grisettes de Bordeaux : fleuriste, tailleuse ou lingère, je ne sais pas au juste; mais, ce que je peux certifier, c'est que — commelaJeunesse de Monselet —elle n'avait passa pareille pour la façon délicieuse dont elle portait le madras rejeté sur l'épaule...
Blonde avec cela : une rareté du pays! Chacun s'extasiait devant cette chevelure comète. Malheureusement — satellite importun, — madame Schneider mère ne cessait de graviter dans ce sillage de lumière. La digne femme n'en finissait point de bavarder outre mesure sur l'opulence et la couleur des tubes capillaires de sa fille...
— Eh bien^ maman Schneider, nous ne sommes pas allée hier à Plaisance avec la demoiselle?
— Ma foi, non. Hortense n'a pas voulu faire de la peine au soleil.
Le père Schneider était tailleur :son nom l'indique. Il habitait sur la place Dauphine. Hortense travaillait dans la rueSainte-Gatherine, cette principale artère de la ville où les manolas girondines foisonnent, pullulent, fourmillent, trottinent,les unes se rendant à leurs ateliers, les autres à leurs magasins. Il en arrive — c^est encore Monselet qui nous fournit ces détails— de tousies côtés à la fois: de Sainte-Croix, de Saint-Seurin, des Chartrons et de la Fondaudége. C'est, entre sept et huit heures du matin et entre huit et neuf du soir, un-va-et-vient perpétuel, un encombrement de mi-
nois en belle humeur ; le pave en semble obscurci, comme un champ de blé par un essaim d'oiseaux.
« Elles s'en vont ordinairement par bandes de quatre ou cinq, un panier au bras, renfermant les cerises et le choinc (petit pain; du déjeuner ou du goûter. Leur démarche a cette atfectation de vivacité qui provoque à les suivre, et il règne dans leur manière de porter les coudes en dehors une sorte d'élégance, la plus amusante à voir.
» Rien ne saurait rendre surtout l'effet de leurs mouvements de tète, brusques et gracieux. Les regards qu'elles lancent de droite et de gauche, fermes et arrêtés, pétillent d'une malignité fulminante.
« Que si vous voulez alors les connaître de plus près, hasardez-vous à accoster l'une d'elles et faites entendre à son oreille la musique du madrigal. Si elle ne vous répond pas dès le premier mot, ce qui est probable, soyez assuré qu'au troisième, elle vous jettera quelque bonne réplique aux jambes, de cette réplique de comédie, presteet audacieuse, qui suppose l'accroche-cœur et le nez à la Roxelane. Leur esprit est mordant ....
» Je ne vous dirai pas ce que les grisettes de Bordeaux ont de plus que les autres. Partout la femme ressemble à la femme; c'est le même patron qui a servi pour l'ancien et le nouveau monde. Qu'il vous suffise de savoir qu'elles sont jolies comme les plus jolies, spirituelles comme les plus spirituelles, — au point que ce s jnt elles qui deviennent plus tard les véritables Parisiennes.
1) Elles sont petites et bien prises. Elles sont brunes, comme presque toutes les femmes du Midi, avec des yeux et des cils longs de cela, et des cheveux à profusion.
» En outre de leur coiffure qui est d'un lâché ravissant, elles ont une manière irréprochable de se vêtir. De même que la Parisienne a la science du détail, elles ont surtout le secret de l'harmonie. Jamais, chez elles, une robe ne couvrira une jupe souillée. Leurs brodequins auront toujours été faits pour leurs pieds.
» La Parisienne n'est coquette qu'à une certaine heure du jour, — heure souveraine, il est vrai. La Bordelaise est coquette depuis le moment où elle se lève jusqu'au moment où elle se couche. Elle ignore le négligé du peignoir et n'ouvre les contrevents de sa fenêtre qu'une fois son corset mis et [ses bandeaux lis-I. 10.
ses. C'est une petite Venus sortie tout habillée du sein des flots, dans une conque de palissandre. »
Horterîse Schneider était une de ces grisettes de Bordeaux : fleuriste, tailleuse ou lingère, je ne sais pas au juste; mais, ce que je peux certifier, c'est que — commelaJeunesse de Monselet —elle n'avait passa pareille pour la façon délicieuse dont elle portait le madras rejeté sur l'épaule...
Blonde avec cela : une rareté du pays! Chacun s'extasiait devant cette chevelure comète. Malheureusement — satellite importun, — madame Schneider mère ne cessait de graviter dans ce sillage de lumière. La digne femme n'en finissait point de bavarder outre mesure sur l'opulence et la couleur des tubes capillaires de sa fille...
— Eh bien^ maman Schneider, nous ne sommes pas allée hier à Plaisance avec la demoiselle?
— Ma foi, non. Hortense n'a pas voulu faire de la peine au soleil.
Le père Schneider était tailleur :son nom l'indique. Il habitait sur la place Dauphine. Hortense travaillait dans la rueSainte-Gatherine, cette principale artère de la ville où les manolas girondines foisonnent, pullulent, fourmillent, trottinent,les unes se rendant à leurs ateliers, les autres à leurs magasins. Il en arrive — c^est encore Monselet qui nous fournit ces détails— de tousies côtés à la fois: de Sainte-Croix, de Saint-Seurin, des Chartrons et de la Fondaudége. C'est, entre sept et huit heures du matin et entre huit et neuf du soir, un-va-et-vient perpétuel, un encombrement de mi-
nois en belle humeur ; le pave en semble obscurci, comme un champ de blé par un essaim d'oiseaux.
« Elles s'en vont ordinairement par bandes de quatre ou cinq, un panier au bras, renfermant les cerises et le choinc (petit pain; du déjeuner ou du goûter. Leur démarche a cette atfectation de vivacité qui provoque à les suivre, et il règne dans leur manière de porter les coudes en dehors une sorte d'élégance, la plus amusante à voir.
» Rien ne saurait rendre surtout l'effet de leurs mouvements de tète, brusques et gracieux. Les regards qu'elles lancent de droite et de gauche, fermes et arrêtés, pétillent d'une malignité fulminante.
« Que si vous voulez alors les connaître de plus près, hasardez-vous à accoster l'une d'elles et faites entendre à son oreille la musique du madrigal. Si elle ne vous répond pas dès le premier mot, ce qui est probable, soyez assuré qu'au troisième, elle vous jettera quelque bonne réplique aux jambes, de cette réplique de comédie, presteet audacieuse, qui suppose l'accroche-cœur et le nez à la Roxelane. Leur esprit est mordant ....