e livre comporte une table des matières dynamique, à été relu et corrigé.
Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique
C’est dans un bouge du dépôt de la préfecture de police que j’écris ces lignes.
Arrêté par ordre du gouvernement provisoire, dont j’ai défendu le fragile pouvoir à l’Hôtel-de-Ville, dans la journée du 31 octobre ; calomnié par d’indignes journaux qui ont publié que j’avais outragé M. Jules Favre et tiré un coup de pistolet sur le général Trochu ; accusé par le silence du gouvernement, qui n’a pas démenti ces misérables choses, qui y joint le poids d’une arrestation, il est temps que le public puisse me connaître s’il le veut.
Au milieu des longues heures de la prison, dans un taudis glacé, je prends la résolution d’écrire une courte histoire de ma vie. C’est une tâche périlleuse, mais dans la situation qui m’a été faite par de lâches ennemis, c’est encore le parti qui convient le mieux à la franchise de mon caractère.
Dépôt de la Préfecture de police, 4 novembre 1870.
Je suis né dans les premières années du règne de Louis-Philippe, à Lons-le-Saulnier. Ma mère (Florentine Corbara), d’origine italienne, est alliée aux meilleures familles de Bastia.
Je ne fais pas une histoire assez longue pour avoir le temps de dire de quelle admirable mère j’ai le bonheur d’être le fils.
Mon grand-père, issu d’une famille de Saint-Laurent-Laroche alliée aux Lorencin et aux Saint-Léger, est resté dans le souvenir de ceux qui l’ont connu comme un des types de la plus rare énergie, doublé de la plus franche originalité. Savant érudit, batailleur, intraitable dans ses convictions, et cependant homme de la meilleure compagnie, il fut, en 1813, destitué d’une grosse fonction [1] qu’il occupait pour avoir publié au moment de nos désastres une ode vengeresse dont je ne me suis jamais rappelé que cette strophe :
90
Il niait formellement le génie de Napoléon Ier, et motivait son opinion par les raisons les plus vives, mais qui faisaient sourire alors. — C’est un grand homme, pourtant, lui disait-on. — Un grand brigand ! répétait-il toujours du ton le plus inflexible, et j’avoue que quand j’étais enfant, je riais aussi des singulières idées de mon grand-père !…
L’horreur du collège fut le premier de mes principes. Je me sauvais de toutes ces maisons pestilentielles, malgré les larmes de ma mère, et quoiqu’enfant je lui démontrais parfois, d’une manière si convaincante, l’impossibilité où j’étais de m’assujétir à la règle et d’apprendre quoique ce soit avec le système des collèges, qu’elle m’appelait Satan et me reprenait en riant avec elle.
La légende que j’ai laissée dans ma ville natale, c’est que j’ai déserté successivement cinq collèges, celui de Lons-le-Saulnier, celui de Dôle, de Dijon, de Châlons et de Besançon ; et la légende est vraie.
Ma mère, qui faisait toutes mes volontés, et mon père qui ne pouvait vaincre l’obstination de mon caractère, finirent par me laisser la bride sur le cou, quand j’arrivai en rhétorique, et je fus reçu bachelier ès-lettres à Dijon par le plus grand des hasards.
Je passe sur des aventures d’enfance et de jeune homme qui ne seraient point ici à leur place.
J’ai eu des amis un peu partout ; j’ai rencontré les types
Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique
C’est dans un bouge du dépôt de la préfecture de police que j’écris ces lignes.
Arrêté par ordre du gouvernement provisoire, dont j’ai défendu le fragile pouvoir à l’Hôtel-de-Ville, dans la journée du 31 octobre ; calomnié par d’indignes journaux qui ont publié que j’avais outragé M. Jules Favre et tiré un coup de pistolet sur le général Trochu ; accusé par le silence du gouvernement, qui n’a pas démenti ces misérables choses, qui y joint le poids d’une arrestation, il est temps que le public puisse me connaître s’il le veut.
Au milieu des longues heures de la prison, dans un taudis glacé, je prends la résolution d’écrire une courte histoire de ma vie. C’est une tâche périlleuse, mais dans la situation qui m’a été faite par de lâches ennemis, c’est encore le parti qui convient le mieux à la franchise de mon caractère.
Dépôt de la Préfecture de police, 4 novembre 1870.
Je suis né dans les premières années du règne de Louis-Philippe, à Lons-le-Saulnier. Ma mère (Florentine Corbara), d’origine italienne, est alliée aux meilleures familles de Bastia.
Je ne fais pas une histoire assez longue pour avoir le temps de dire de quelle admirable mère j’ai le bonheur d’être le fils.
Mon grand-père, issu d’une famille de Saint-Laurent-Laroche alliée aux Lorencin et aux Saint-Léger, est resté dans le souvenir de ceux qui l’ont connu comme un des types de la plus rare énergie, doublé de la plus franche originalité. Savant érudit, batailleur, intraitable dans ses convictions, et cependant homme de la meilleure compagnie, il fut, en 1813, destitué d’une grosse fonction [1] qu’il occupait pour avoir publié au moment de nos désastres une ode vengeresse dont je ne me suis jamais rappelé que cette strophe :
90
Il niait formellement le génie de Napoléon Ier, et motivait son opinion par les raisons les plus vives, mais qui faisaient sourire alors. — C’est un grand homme, pourtant, lui disait-on. — Un grand brigand ! répétait-il toujours du ton le plus inflexible, et j’avoue que quand j’étais enfant, je riais aussi des singulières idées de mon grand-père !…
L’horreur du collège fut le premier de mes principes. Je me sauvais de toutes ces maisons pestilentielles, malgré les larmes de ma mère, et quoiqu’enfant je lui démontrais parfois, d’une manière si convaincante, l’impossibilité où j’étais de m’assujétir à la règle et d’apprendre quoique ce soit avec le système des collèges, qu’elle m’appelait Satan et me reprenait en riant avec elle.
La légende que j’ai laissée dans ma ville natale, c’est que j’ai déserté successivement cinq collèges, celui de Lons-le-Saulnier, celui de Dôle, de Dijon, de Châlons et de Besançon ; et la légende est vraie.
Ma mère, qui faisait toutes mes volontés, et mon père qui ne pouvait vaincre l’obstination de mon caractère, finirent par me laisser la bride sur le cou, quand j’arrivai en rhétorique, et je fus reçu bachelier ès-lettres à Dijon par le plus grand des hasards.
Je passe sur des aventures d’enfance et de jeune homme qui ne seraient point ici à leur place.
J’ai eu des amis un peu partout ; j’ai rencontré les types