La Mission de France est de retour de son expédition au Japon. Sous peu, elle va se rendre dans la rivière de Canton pour y régler définitivement, dans ses détails, le mode de remboursement de l’indemnité si vigoureusement enlevée à Ta-kou ; puis elle songera à rentrer en France, après une longue et laborieuse campagne de dix-huit mois. Quant à moi, qui suis destiné à m’en détacher, je songe à la Cochinchine, à Java ; je songe aussi à la mère-patrie ; mais je dois attendre les événements et accepter le sort qu'ils me feront.
Je vous envoie par ce courrier, tout incomplète qu’elle soit, partie de mon bagage de retour du Japon, de ce pays si inviolable et si inviolé jusqu’à ce jour qu’à mon grand regret, nous n’avons qu’entrevu. Ce que nous en rapportons, comme données un peu certaines ou comme faits un peu précis, nous avons, pour ainsi dire, dû le voler au temps si court de notre séjour dans le vieil empire de Nipon; aux mystères d`une société se dérobant, depuis des siècles, à l’œil et au con- tact de l'étranger; ou l'arracher à un système administratif et politique monopolisant tout, les hommes comme les choses, et défendant aux uns comme aux autres, de se livrer aux envoyés de l’Occident, sans s`être préalablement soumis à l’arbitraire et au contrôle de l'autorité, arbitraire des plus exclusifs, contrôle des plus rigoureux.
Autrement dit: je vous transcris sommairement quelques pages de mon journal de voyage; vous y trouverez du moins l'itinéraire exact de la première Mission française au Japon.
Partis de Shang-haï vers le milieu de septembre, sur la corvette à vapeur le Laplace, esoortée de deux bâtiments légers, le Prégent, aviso de la marine impériale, et le Remy, clipper de commerce frété pour l'expédition, après une navigation heureuse de sept jours, nous sommes arrivés à Simoda. C'était la première étape choisie pour reposer les équipages, avant de pousser jusqu’à Yeddo, la capitale de l’empire et le seul point où l'Ambassadeur de France consentît à traiter. Américains, Russes et Anglais nous y avaient précédés ; ils en avaient déjà emporté leurs Traités respectifs ; pour nous le terrain des négociations était donc tout fait, tout tracé : la saison, d’ailleurs très avancée dans ces parages, où les typhons étaient encore menaçants, avait décidé le baron Gros à en terminer au plus vite avec le Japon, et l’avait déterminé à réserver, pour le retour sur la Chine, la relâche que la Mission tenait à faire à Nagha-zaki, ou ne l'appelait d’ailleurs aucun intérêt politique, mais qui devait être le complément de son curieux voyage.
Depuis quelques années, des bâtiments français, entre autres la Constantine et la Sibylle, avaient fait des reconnaissances sur les côtes du Japon. Ils s'étaient présentés devant Simoda, mais n'avaient pu obtenir d'y débarquer ; leurs rapports avec la terre s'étaient bornés à quelques politesses échangées entre les autorités du lieu et les commandants français ; aussi, arrivant dans ce petit port et descendant librement sur cette terre, jusqu’alors interdite aux étrangers, ouvrions-nous un droit que le Traité conclu par la France consacre désormais pour l’avenir dans plusieurs des ports du Japon.
Averti de notre arrivée par la Mission d'Angleterre à son passage à Simoda, le Gouverneur, dès que le Laplace fut sur ses ancres, s’empressa de venir offrir ses services au baron Gros. Dans cette première entrevue, ce fonctionnaire ne put dissimuler, sous les circonlocutions les plus polies, l'instruction qu’il avait reçue de Yeddo de faire tous ses efforts pour arrêter la Mission française sur la route de la capitale, en proposant à l’Ambassadeur de traiter à Simoda même ; se faisant fort, dans ce cas, d'exhiber des pouvoirs suffisants ; manœuvre déjà tentée, du reste, sans succès, auprès du chef de la Mission anglaise...
Je vous envoie par ce courrier, tout incomplète qu’elle soit, partie de mon bagage de retour du Japon, de ce pays si inviolable et si inviolé jusqu’à ce jour qu’à mon grand regret, nous n’avons qu’entrevu. Ce que nous en rapportons, comme données un peu certaines ou comme faits un peu précis, nous avons, pour ainsi dire, dû le voler au temps si court de notre séjour dans le vieil empire de Nipon; aux mystères d`une société se dérobant, depuis des siècles, à l’œil et au con- tact de l'étranger; ou l'arracher à un système administratif et politique monopolisant tout, les hommes comme les choses, et défendant aux uns comme aux autres, de se livrer aux envoyés de l’Occident, sans s`être préalablement soumis à l’arbitraire et au contrôle de l'autorité, arbitraire des plus exclusifs, contrôle des plus rigoureux.
Autrement dit: je vous transcris sommairement quelques pages de mon journal de voyage; vous y trouverez du moins l'itinéraire exact de la première Mission française au Japon.
Partis de Shang-haï vers le milieu de septembre, sur la corvette à vapeur le Laplace, esoortée de deux bâtiments légers, le Prégent, aviso de la marine impériale, et le Remy, clipper de commerce frété pour l'expédition, après une navigation heureuse de sept jours, nous sommes arrivés à Simoda. C'était la première étape choisie pour reposer les équipages, avant de pousser jusqu’à Yeddo, la capitale de l’empire et le seul point où l'Ambassadeur de France consentît à traiter. Américains, Russes et Anglais nous y avaient précédés ; ils en avaient déjà emporté leurs Traités respectifs ; pour nous le terrain des négociations était donc tout fait, tout tracé : la saison, d’ailleurs très avancée dans ces parages, où les typhons étaient encore menaçants, avait décidé le baron Gros à en terminer au plus vite avec le Japon, et l’avait déterminé à réserver, pour le retour sur la Chine, la relâche que la Mission tenait à faire à Nagha-zaki, ou ne l'appelait d’ailleurs aucun intérêt politique, mais qui devait être le complément de son curieux voyage.
Depuis quelques années, des bâtiments français, entre autres la Constantine et la Sibylle, avaient fait des reconnaissances sur les côtes du Japon. Ils s'étaient présentés devant Simoda, mais n'avaient pu obtenir d'y débarquer ; leurs rapports avec la terre s'étaient bornés à quelques politesses échangées entre les autorités du lieu et les commandants français ; aussi, arrivant dans ce petit port et descendant librement sur cette terre, jusqu’alors interdite aux étrangers, ouvrions-nous un droit que le Traité conclu par la France consacre désormais pour l’avenir dans plusieurs des ports du Japon.
Averti de notre arrivée par la Mission d'Angleterre à son passage à Simoda, le Gouverneur, dès que le Laplace fut sur ses ancres, s’empressa de venir offrir ses services au baron Gros. Dans cette première entrevue, ce fonctionnaire ne put dissimuler, sous les circonlocutions les plus polies, l'instruction qu’il avait reçue de Yeddo de faire tous ses efforts pour arrêter la Mission française sur la route de la capitale, en proposant à l’Ambassadeur de traiter à Simoda même ; se faisant fort, dans ce cas, d'exhiber des pouvoirs suffisants ; manœuvre déjà tentée, du reste, sans succès, auprès du chef de la Mission anglaise...